Sonatrach
Premier bras armé énergétique de l’Algérie, Sonatrach reste une machine à cash fossile avant d’être un champion de la transition.
À propos de Sonatrach
1. Modèle économique
Sonatrach vit du pétrole et surtout du gaz, sur toute la chaîne de valeur, de l’exploration au raffinage en passant par le transport par gazoducs et la commercialisation, comme le rappelle sa présentation corporate. Le groupe pèse lourd dans l’économie algérienne, jusqu’à 26 % du PIB et 50 % des recettes fiscales nationales selon cette même présentation Sonatrach, ce qui dit à lui seul la dépendance du pays à sa rente fossile. En 2024, Sonatrach a publié un chiffre d’affaires global de 6 523 milliards de dinars, un chiffre d’affaires export de 6 019 milliards de dinars, soit environ 45 à 46 milliards de dollars, pour un bénéfice net de 812 milliards de dinars, d’après son rapport annuel 2024 relayé par TSA et Maghreb Émergent. Le capex 2024 atteint 835 milliards de dinars, en hausse de 11 %, dont 79 % orientés vers l’exploration-production selon AL24 News et TSA. Autrement dit : même quand Sonatrach parle transition, son argent continue de parier d’abord sur les molécules fossiles. Côté taille, le groupe revendique plus de 150 filiales et près de 200 000 employés au niveau consolidé dans sa présentation officielle.
2. Impact réel
L’impact réel de Sonatrach est d’abord celui d’un producteur massif d’hydrocarbures : 193,7 millions de tonnes équivalent pétrole produites en 2024, pour 162,9 millions de TEP vendues, dont 91,4 millions à l’export, selon Maghreb Émergent. Le groupe a bien lancé en juillet 2024 une nouvelle stratégie climat fondée sur la baisse du torchage, la réduction du méthane, l’intégration progressive des renouvelables, l’hydrogène et la séquestration du carbone. Les résultats concrets existent mais restent partiels : Sonatrach affirme que 19 projets lancés depuis 2020 ont permis de réduire les émissions de 785 000 tonnes équivalent CO2 par an, toujours selon Algérie Eco. Le groupe vise aussi moins de 1 % de gaz torché et zéro torchage de routine à l’horizon 2030, objectif repris dans sa brochure HSE. Mais le passif reste massif : l’IEA classe l’Algérie parmi les pays de la région aux intensités méthane amont les plus élevées, et la Banque mondiale indique que Sonatrach représentait encore 80 % du torchage algérien en 2024. L’entreprise promet donc une baisse de son empreinte, mais part d’un niveau très élevé.
3. Innovations / partenariats
Sonatrach essaie de sécuriser sa place dans l’après-gaz sans renoncer au gaz. En octobre 2024, le groupe a signé un protocole avec Sonelgaz, VNG, SNAM, SeaCorridor et Verbund Green Hydrogen pour étudier un projet intégré d’hydrogène vert connecté au corridor européen, selon le communiqué Sonatrach. En avril 2024, Sonatrach a aussi signé avec Hecate Global Renewable Energy pour étudier un projet renouvelable pouvant alimenter ensuite de l’hydrogène vert. Le groupe dit viser environ 1,2 GW solaire à horizon 2030 et n’a, à date, matérialisé publiquement que deux centrales photovoltaïques totalisant 20 MW avec Eni sur Bir Rebaa Nord, d’après cette même source Team France Export. Sur le cœur fossile, Sonatrach continue d’étendre ses débouchés : l’accord 2024 avec Geoplin augmente les livraisons de gaz à la Slovénie via l’Italie, jusqu’à 500 millions de m3 par an selon Agenzia Nova.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal angle mort est là : Sonatrach parle climat, mais 79 % de ses investissements 2024 restent fléchés vers l’amont pétrolier et gazier, selon AL24 News. Ses annonces hydrogène relèvent encore surtout du protocole d’entente et de l’étude de faisabilité, pas d’un basculement industriel déjà visible. Deuxième zone grise, la crédibilité méthane. L’IEA souligne que l’Algérie n’a pas rejoint le Global Methane Pledge et reste parmi les producteurs les plus exposés sur l’intensité amont. Or l’encadrement européen du méthane rappelé par la Banque mondiale va durcir la pression sur les exportateurs vers l’UE à partir des contrats récents. Enfin, Sonatrach présente le gaz comme énergie de transition ; c’est recevable à court terme, mais cela peut aussi servir de paravent commode à la prolongation d’un modèle très carboné.
5. Positionnement stratégique
Sonatrach joue une carte claire : rester indispensable à l’Europe sur le gaz tout en se vendant comme futur fournisseur crédible d’hydrogène vert. Le pari est rationnel dans un continent en quête de sécurité d’approvisionnement, mais il suppose de convertir vite les promesses climat en actifs mesurables, sous peine de subir à la fois la pression réglementaire européenne et le soupçon de verdissement d’image. Le signal récent le plus fort n’est pas un parc renouvelable géant : c’est la combinaison entre nouveaux contrats gaziers vers l’Europe, corridor hydrogène en étude et stratégie climat encore défensive.
Verdict WattsElse
Sonatrach n’est pas en transition, elle est en couverture de transition. Sa force est immense, sa fenêtre stratégique aussi, mais tant que le cash-flow viendra presque entièrement du fossile, le récit bas carbone restera sous surveillance.
Sources : sonatrach.com · tsa-algerie.com · maghrebemergent.news · al24news.dz · sonatrach.com · algerie-eco.com · sonatrach.com · iea.org · thedocs.worldbank.org · sonatrach.com · teamfrance-export.fr · agenzianova.com
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