Société Algérienne de Production de l’Électricité (SPE)
Derrière le sigle SPE, il y a la machine électrique de l’Algérie: la filiale de Sonelgaz qui tient l’essentiel de la production du pays, au service d’un système encore massivement adossé au gaz.
À propos de Société Algérienne de Production de l’Électricité (SPE)
1. Modèle économique
La Société Algérienne de Production de l’Électricité, devenue dans la marque groupe `Sonelgaz-Production de l’Électricité`, vit d’un métier simple et capitalistique: produire et commercialiser l’électricité, tout en assurant aussi des prestations d’O&M et de maintenance lourde, y compris pour des actifs externes au périmètre SPE, comme l’indique le site SPE. Son empreinte industrielle est massive: 4 directions régionales, des centrales à cycle combiné, turbines à gaz, turbine à vapeur et unités mobiles sur tout le territoire, de Bellara à Ras Djinet.
Selon le rapport d’activités 2024 de Sonelgaz, le groupe affiche un chiffre d’affaires consolidé de 464,1 milliards de dinars en 2024, en hausse de 8% sur un an, mais le chiffre d’affaires propre à SPE n’est pas publié séparément. En revanche, le même rapport chiffre à 113,0 milliards de dinars les dépenses d’investissement 2024 du bloc « production de l’électricité et engineering », ce qui donne l’ordre de grandeur de l’effort industriel. Côté effectifs, la branche « production de l’électricité & engineering » compte 9 543 agents, dont 8 209 pour S-PE selon ce même rapport 2024.
2. Impact réel
SPE est d’abord un acteur de volume. Le groupe Sonelgaz annonce pour 2024 une capacité installée totale de 26 017,2 MW et une production de 95 181 GWh; la capacité portée par `Sonelgaz-Production de l’Électricité` et `Sonelgaz-Énergies Renouvelables` atteint 24 445,2 MW, pour 85 189,5 GWh produits, d’après le rapport d’activités 2024.
Mais l’empreinte climat reste lourde. Selon les éléments disponibles, le système électrique algérien demeure quasi entièrement fossile, dominé par le gaz naturel: les estimations compilées par DonnéesMondiales, à partir de bases internationales, situent encore la production électrique du pays à 98,1% d’origine fossile. Autrement dit, même quand SPE sécurise l’approvisionnement, elle le fait encore très majoritairement avec des actifs thermiques. Le contraste est net avec l’objectif public algérien de 15 000 MW solaires à l’horizon 2035, rappelé par Radio Algérienne et par le plan de développement 2021-2030 de Sonelgaz.
3. Innovations / partenariats
Le vrai signal 2024, c’est la signature par Sonelgaz des contrats liés à 3 000 MW de solaire photovoltaïque attribués à des entreprises algériennes, mixtes et étrangères dans le cadre des appels d’offres 2 GW et 1 GW, comme l’ont détaillé Radio Algérienne et pv magazine France. Les lauréats mêlent notamment `Cosider-Fimer`, `CSCEC`, `PowerChina`, `CWE-HXCC-YREC`, `Hamdi` ou `Ozgun`, avec une logique explicite de contenu local et de transfert de technologie.
Autre signal industriel: Sonelgaz a mis en service en 2024 une première tranche de la centrale hybride de Mostaganem, ajoutant 450 MW dans une première étape via sa filiale SPE, selon Radio Algérienne. Enfin, la projection régionale monte d’un cran: Sonelgaz travaille avec `NIGELEC` au Niger sur une centrale de 40 MW à Niamey, avec transfert d’expertise et formation, d’après le communiqué Sonelgaz et la reprise d’AL24.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque de greenwashing est frontal: la narration officielle met en avant transition énergétique, solaire et souveraineté industrielle, mais l’outil productif présenté par le site SPE reste d’abord une flotte de turbines à gaz et de cycles combinés. Même la diversification régionale passe, au Niger, par une future centrale à gaz de 40 MW, pas par un actif renouvelable.
Deuxième zone grise: l’entreprise communique sur la performance industrielle, beaucoup moins sur ses émissions propres ou une trajectoire climat détaillée. Je n’ai pas trouvé de rapport RSE/CSRD public propre à SPE; côté groupe, Sonelgaz publie surtout un rapport d’activités et des documents de gestion, pas un reporting climat aligné sur les standards européens. Pour un champion public de cette taille, le déficit de transparence extra-financière compte presque autant que le mix lui-même.
5. Positionnement stratégique
SPE reste un actif d’État, central dans la sécurité électrique nationale et désormais embarqué dans une double mission: tenir la pointe, et préparer la bascule vers le solaire sans casser la continuité de service. Le financement de 378 milliards de dinars mis en place en 2024 pour le programme EnR de 3 200 MWc, mentionné dans le rapport Sonelgaz 2024, montre que le virage n’est plus rhétorique.
Le marché, lui, envoie un message clair: tant que la demande électrique monte vite, SPE gardera une valeur stratégique énorme. Mais sa crédibilité de long terme se jouera sur sa capacité à ne plus être seulement le grand brûleur de gaz de l’Algérie, et à devenir réellement l’architecte de sa décarbonation.
Verdict WattsElse
SPE n’est pas un pure player de la transition: c’est un pilier thermique qui commence à financer son virage. Puissante, indispensable, encore très carbonée: l’entreprise avance, mais le solaire n’a pas encore renversé la salle des machines.
Sources : sonelgaz-pe.dz · sonelgaz.dz · donneesmondiales.com · news.radioalgerie.dz · sonelgaz.dz · pv-magazine.fr · news.radioalgerie.dz · sonelgaz.dz · al24news.dz
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