Club CO₂
Le captage et le stockage (ou la valorisation) du CO₂ ne sont plus un gadget de laboratoire : en 2026, ils deviennent le ciment d’une stratégie industrielle française sous tension, entre lauréats du GPID et comités de pilotage ministériels.
À propos de Club CO₂
1. Modèle économique
Le Club CO₂ est une association loi 1901 : son « business model », ce sont les cotisations et contributions de ses membres — personnes morales françaises dont les activités touchent la filière captage, stockage et valorisation du CO₂ (CSCV). Il n’existe pas, selon les éléments disponibles dans l’espace public, de chiffre d’affaires consolidé ni d’effectif salarial publié : la structure vit de la mutualisation (études, animation, influence) plutôt que d’une offre produit classique. À ce jour, elle revendique 95 membres couvrant l’ensemble des briques CCS et CCU, d’Air Liquide à Vicat en passant par l’IFPEN, le CEA ou RTE. La présidence est assurée par Florence Delprat-Jannaud, géophysicienne et dirigeante scientifique à l’IFPEN, élue présidente du Club en 2020 : le lien avec l’IFP Energies nouvelles n’est pas décoratif, il structure la légitimité technique du lobby. Historiquement, le Club est né en 2002 à l’initiative de l’ADEME avec l’appui de l’IFPEN et du BRGM, comme le rappelle la rubrique « Les actions de recherche ».
2. Impact réel
L’impact climat direct du Club CO₂ n’est pas un bilan carbone publié : c’est indirect, par la mise en marché de technologies et de cadres que l’État qualifie de « dernier recours » pour des émissions industrielles dites incompressibles, dans le communiqué du 11 février 2026 sur la stratégie nationale CCUS. À l’échelle du territoire, l’étude EVASTOCO2, mise en avant lors de la publication ministérielle sur le potentiel de stockage, évoque un ordre de grandeur de 1,1 gigatonne de potentiel technique dans des structures géologiques fermées — avec la nuance essentielle qu’il s’agit de ressources potentielles, pas de réserves économiquement prouvées. Sur le volet « utilisation » du CO₂, l’ADEME cite, dans sa documentation 2026, environ 230 Mt/an de CO₂ consommés mondialement à des fins industrielles (CCU) : un ordre de grandeur qui situe la valorisation comme marché existant, mais pas comme bouée universelle pour les émissions françaises. En somme, le Club CO₂ accélère la normalisation d’une filière dont l’effet net dépendra du mix réel des projets retenus, du monitoring des sites et du rapport électrique/énergétique des chaînes de captage.
3. Innovations / partenariats
Le Club ne « détient » pas un catalogue de brevets : il produit des études (souvent réservées aux membres, avec restitution publique en webinaire) et tisse des partenariats institutionnels. En avril 2026, le site du Club CO₂ annonce ainsi un webinaire sur une étude captage-stockage-utilisation du bioCO₂, et relaye le rapport de l’AFEN sur une cartographie régionale de l’élimination du carbone. Côté financement de la recherche amont, la page « Les actions de recherche » indique que l’ANR a soutenu 33 projets pour plus de 27 millions d’euros entre 2005 et 2008 dans l’ancien programme « captage et stockage du CO₂ ». Sur le terrain politique, l’association a déposé un cahier d’acteur dans la concertation SNBC–PPE, plaidant pour une meilleure intégration du CCS/CCU dans la planification nationale — en prise directe avec les arbitrages de la Programmation pluriannuelle de l’énergie. Enfin, l’écosystème industriel s’incarne dans des AG sectorielles : Technip Energies a accueilli en juillet 2024 l’assemblée générale du Club, avec une mise à jour de charte « Net Zero » — signal que la gouvernance du réseau s’aligne sur les cadres RSE des grands équipementiers.
4. Greenwashing / zones grises
Le premier risque n’est pas juridique mais politique : le CCUS peut servir d’écran si l’on diffère les réductions à la source. L’ADEME le rappelle dans ses argumentaires récents : la valorisation du CO₂ ne doit pas se substituer aux baisses d’émissions structurelles. La Commission de régulation de l’énergie, dans son rapport de septembre 2024 sur la chaîne de valeur du CO₂, identifie l’acceptabilité sociale comme risque majeur pour les réseaux et projets — un point où le discours « maîtrise des risques » du Club CO₂ bute sur la géographie réelle des territoires. Sur le stockage, l’étude EVASTOCO2 souligne, via la synthèse ministérielle, l’écart entre potentiel géologique et viabilité économique : tant que les permis et les bilans ne sont pas publics et contestables, parler de « réserve » serait prématuré. Enfin, la dépendance aux mécanismes publics est assumée au plus haut niveau : le communiqué du 11 février 2026 précise que le dispositif GPID porte sur quinze ans d’aide aux investissements et coûts d’exploitation pour les très gros sites — ce qui pose la question de la compétitivité hors subvention. La composition même du réseau — ciments, pétrochimie, gaziers — nourrit la critique d’un « club » qui pérennise des modèles industriels historiques tout en les habillant bas-carbone.
5. Positionnement stratégique
Le Club CO₂ se positionne comme interface entre industrie et pouvoirs publics au moment où la France bascule du rapport à la démonstration : premier COPIL national au siège de Vicat le 9 février 2026, annonce de lauréats GPID incluant Vicat, Heidelberg Materials, Holcim et Aluminium Dunkerque le 11 février 2026, ratification en juin 2025 de l’amendement au Protocole de Londres sur le transport transfrontalier du CO₂ et cadrage réglementaire des infrastructures avec la CRE, selon le même communiqué. Pour le Club, l’opportunité est double : verrouiller les standards techniques (captage, transport, stockage, utilisation) et occuper le terrain normatif avant que les conflits locaux ne figent les tracés. La tension stratégique, c’est que cette influence se joue alors même que la société française n’a pas encore « digéré » le stockage géologique à grande échelle.
Verdict WattsElse
Le Club CO₂ est le haut-parleur technique d’une filière que l’État promet indispensable — et finance sur quinze ans — alors que le sous-sol et les territoires n’ont pas encore rendu leur verdict : entre ingénierie sérieuse et prolongation subventionnée des géants émetteurs, la ligne de partage sera au millimètre du monitoring, pas au millimètre des slogans « Net Zero ».
Sources : club-co2.fr · ifpenergiesnouvelles.com · club-co2.fr · presse.economie.gouv.fr · presse.economie.gouv.fr · librairie.ademe.fr · club-co2.fr · concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr · ten.com · ladocumentationfrancaise.fr
Données clés
- Forme
- société par actions simplifiée
- Fondée
- 2014
- Siège
- Échirolles, France ↗
Identifiants publics
- SIREN
- 800783144
- Wikidata
- Q134632979
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